Intervention de S. Exc. Mme Irina Bokova, Ambassadeur, Délégué permanent de la République de Bulgarie auprès de l’UNESCO au débat général de la 180e session du Conseil exécutif de l’UNESCO
Monsieur le Président,
Monsieur le Directeur général,
Mesdames et Messieurs,
Je voudrais vous féliciter, Monsieur le Président, pour votre excellente introduction. Mes remerciements vont au Directeur général pour sa contribution aux travaux de notre session. Comme Mme Colonna a exprimé la position commune de l’Union européenne sur les questions principales de l’ordre du jour, dont ma délégation se joint, permettez moi, de me concentrer sur quelques aspects majeurs dans l’activité de notre Organisation.
La question qui se pose et qui nous préoccupe est la suivante : est-ce que l’UNESCO est à la hauteur des exigences de notre temps dynamique liés avec les objectifs du Milinaire pour le développement. Je viens de New York, où j’ai assisté à la session de l’Assemblée générale des Nations Unies où a été souligné qu’une nouvelle géographie – politique, économique et sociale, se développe dans le monde et que nous devons en tenir compte.
Pour répondre à cette question, nous devons, à mon avis, faire deux analyses – la première porte sur la viabilité des valeurs et objectifs initials de notre Organisation. Comme l’avait dit le premier Directeur Général de l’UNESCO Sir Julian Huxley, en 1946, toujours d’actualite, “UNESCO’s main concern is with peace and security and with human welfare … based on humanism… treating all peoples and… all individuals … in terms of human dignity, mutual respect and educational opportunity. It must be an evolutionary as opposed to a static or ideal humanism. It is essential for UNESCO to adopt an evolutionary approach. If it does not do so, its philosophy will be a false one, its humanism at best partial, at worst, misleading”
La deuxième analyse porte sur les noveaux défis et la nécessité pour notre Organisation de s’y adapter. L’année prochaine, nous allons marquer le 20e anniversaire de la chute du mur de Berlin. Il y avait des philosophes qui avaient prédevenu la fin de l’histoire. Aujourd’hui, 20 ans plus tard, je me permets de dire que cela était le début d’une histoire, le début d’une aspiration globale pas seulement en Europe de l’Est, mais aussi dans le monde entier – à la démocratie, à la prosperité, à une meilleure vie. La mondialisation a ajouté une dimension globale à cette aspiration et a aidé des millions de gens à sortir de la pauvreté et de la misère. Cependent, certaines inégalités se sont aggravées et je parle ici plutôt de l’Afrique et de l’absolue nécessité de repenser et de remettre la priorité Afrique à l’ordre du jour de toute notre action.
Monsieur le Président,
La réponse de ces préoccupations réside dans la paix et le développement. Le vingtième siècle nous a fourni un instrument puissant et unique pour atteindre ces deux objectifs – le multilatéralisme. Je voudrais disposer d’un peu plus de temps pour prononcer un véritable éloge du multilinguisme, parce que, selon moi, c’est la réponse la plus adéquate à l’égoïsme, au nationalisme et à l’intolérance. Le multilatéralisme actuel incarne l’humanisme de M. Huxley.
La réforme de l’ONU offre une chance à l’UNESCO d’occuper sa propre place de leader dans les domaines de ses compétences. De toute évidence, la décentralisation doit continuer et l’UNESCO doit s’approcher du terrain et des problèmes réels, d’où la nécessité impérative de rotation.
L’UNESCO doit prendre au sérieux la réforme et, lorsque je dis l’“UNESCO” je ne pense pas seulement au Directeur général, mais aussi à nous autres – les Etats membres, les Commissions nationales, tous les trois organes. Nous sommes tous l’UNESCO et nous devons assumer notre responsabilité. Dans ce contexte, le voudrais féliciter l’Ambassadeur George Anastassopoulos, président de la Conférence générale, pour son initiative si importante.
Monsieur le Président, l’UNESCO est non seulement une agence de développement, mais par la formulation de politiques, de critères et de bonnes pratiques elle peut avoir un impact pratique et réel sur la vie de millions de gens. Nous devons repenser nos politiques et refocaliser nos efforts aux fins d’une meilleure utilisation des ressources et de tous les instruments que nous avons à notre disposition.
Le débat sur le prochain programme biennal est une possibilité pertinente de commencer cette réflexion, en adoptant une position réaliste et en même temps ambitieuse. Réaliste, parce que nous savons que dans les circonstances actuelles nous pourrions difficilement aller à quelque chose de plus qu’un budget à croissance zéro, même si la plupart de nous voudraient que les choses soient différentes. Ambitieuse, puisque d’une part nous devons aspirer à une meilleure utilisation des ressources – aussi limitées qu’elles puissent être – par la réduction des dépenses administratives, et, d’autre part, nous devons insister devant la communauté internationale des donateurs pour tenir ses promesses d’attribuer davantage de fonds aux pays en voie de développement.
On assiste à l’émergence de nouveaux donateurs, dont la Bulgarie fait partie et je suis heureuse d’annoncer que mon gouvernement a pris la décision de créer un Fonds-en-dépôt, orienté en priorité sur l’Afrique. En même temps, le mouvement permanent du rapport entre le budget ordinaire et les ressources extrabudgétaires engendre de nouveaux défis et des problèmes potentiels, qui doivent être examinés avec le sérieux nécessaire.
En ce qui concerne les instruments, l’UNESCO doit aspirer à une meilleure application de l’approche interdisciplinaire, à une gestion, orientée sur les résultats, la nécessité de transparence et de comptabilité, qui doivent évoluer en une culture de gestion globale.
Ma ferme conviction est que la participation de l’UNESCO à tant d’initiatives, de projets et de programmes dispersés dilue les grands programmes et les messages essentiels. L’identification des priorités exactes est d’une importance considérable, il en découle que la concentration des programmes est inévitable. Par conséquent, l’UNESCO doit focaliser son attention à tour de rôle sur un nombre réduit de priorités essentielles sur lesquelles notre compétence est universellement reconnue ce qui transforme notre agence en un leader incontestable. Cela implique des consultations avec les personnes intéressées, les partenaires, les partisans et les lobbies bien établis – tâche complexe et difficile, qui demande du courage, de la résolution et de la patience. Il est inutile de mentionner que les Etats membres doivent être impliqués aux discussions de première instance.
Une telle approche va améliorer aussi l’image de l’UNESCO. De plus, une stratégie de communication plus axée est d’importance particulière non seulement à cause de l’ambition même d’une meilleure visibilité, mais parce qu’elle contribuera à la meilleure réalisation de nos idées nobles et de nos objectifs. Le travail dans ce sens peut éventuellement être assisté par un comité, constitué spécialement à cette fin.
Il y a un problème, Monsieur le Président, qui doit faire partie intégrante de tous nos efforts et ce problème est l’égalité des sexes. J’ai eu le privilège de participer à trois de toutes les quatre conférences internationales dans le cadre de la Décennie des Nations Unies sur les femmes et ses forums, à savoir – de Copenhague, Nairobi et Pékin. Aujourd’hui, 33 ans après l’initiation de la Décennie de l’ONU, je considère toujours que nous avons un long chemin à faire pour réaliser les objectifs assignés.
Monsieur le Président, encore une dernière note, que je considère extrêmement importante. Nous devons regagner notre confiance dans l’importance et la pertinence sociale de l’UNESCO. Nous ne devons pas craindre les changements. Le Directeur général a commencé des réformes importantes et nous devons l’encourager de les poursuivre, en lui prêtant toute notre assistance jusqu’à la dernière minute de son mandat. Nous autres, à l’UNESCO plus que dans toute autre agence de l’ONU, nous avons la mission de donner une réponse intellectuelle et humaniste à la mondialisation.